Hommages au Grand Rabbin Moïse Levy – 2

Voici la suite des messages du site du Grand Rabbin Moïse Levy;

Bruxelles – Périodique SHALOM des Soeurs de Sion – p.11

Ils nous ont quittés :
Le grand Rabbin Moïse Levy habitait Bruxelles. En 2000, le livre de M. Errera Moïse Levy , un Rabbin au Congo (1937-1991) avait parlé de cette belle figure et des relations cordiales qu’il avait eues avec Mgr de Hemptinne, l’évêque orthodoxe, l’imam musulman et tous ceux qui l’entouraient.
Un E-mail de Moïse Rahmani nous disait :
C’est avec beaucoup de peine et d’émotion que nous annonçons la disparition du Grand Rabbin du Congo et du Rwanda-Burundi, Moïse M. Levy.
Né à Anthalya en Turquie le 12 août 1915, frais émoulu du Séminaire rabbinique de l’île de Rhodes, il rejoint dès 1937 le Congo afin d’exercer son ministère à Elisabethville où la communauté juive, formée en majorité de Rhodeslis, commence à se développer. Il occupera cette charge plus de cinquante quatre ans et seuls les événements politiques et économiques qui virent sa communauté, jadis florissante, disparaître, le feront quitter le Katanga en 1991. Il laissera, dans la mémoire de ceux qui le connurent et dans celle des centaines d’enfants, grands-parents aujourd’hui, le souvenir d’un homme bon, juste et généreux, tourné vers l’autre, au service de D.ieu et de son prochain. Ses obsèques ont eu lieu au cimetière de Wezembeek Oppem, le 1er octobre 2003.
Nous vous aimions, Monsieur le Grand Rabbin. Que la terre vous soit légère. Reposez en paix.

Ce périodique est accompagné d’une lettre de Soeur Michèle Debrouwer.

A Madame Levy et à sa fille Malka,
Lors du décès du regretté Moïse Levy (Z.L.), Malka m’a téléphoné au sujet de la carte de voeux que nous avions adressée Monsieur le Grand Rabbin.
La carte en question, que le rabbin avait encore pu recevoir peu avant de vous (et nous) quitter, était devenue introuvable. Malka m’avait demandé au téléphone si je pouvais en trouver une identique.
J’ai remué ciel et terre, même en France pour vous en trouver une autre. Alors je me fais un devoir et une joie (permettez-le moi) de vous faire parvenir cette carte de voeux, en témoignage de reconnaissance pour tout ce qu’a représenté la haute figure du Grand Rabbin du Congo dans son ouverture au dialogue avec les non-juifs. J’étais trop jeune à Kolwezi dans les années 1946 à 1958 pour l’avoir connu. Mais c’est plus tard que j’ai appris quel grand homme c’était. Et quel beau livre que celui de sa vie au Congo ex-belge ! Quel témoignage ! Vous trouverez notre bulletin trimestriel Shalom le n° 43 sous ce pli. A la p.11, vous pourrez lire quelques lignes que nous tenions à faire connaître au public. Le Grand Rabbin Moïse Levy (Z.L.) a été un homme de paix. Qu’il vive longtemps dans notre mémoire !
Nous vous souhaitons une belle fête de Hanoukka, fête de l’espérance, fête des Lumières. Qu’ensemble, Juifs, Chrétiens et Musulmans et … tout homme de bonne volonté, nous ne nous lassions pas de chercher la Lumière. Hag Hanoukka sameah ! Pour les Sœurs de N.D. de Sion.
(A Roch Hachana, nous avions donné la carte de vœux reçue des Sœurs de N.D. de Sion, garnie du bouquet du Loulav au Grand Rabbin Moïse Levy alors hospitalisé – Comme je leur ai téléphoné pour leur annoncer la triste nouvelle, mais surtout pour leur dire que papa avait été heureux de la recevoir et qu’il ne pourra malheureusement plus y répondre, chose qu’il aimait toujours faire avec plaisir, j’ai également dit à Soeur Michèle que la carte s’était égarée, puisque restée dans sa chambre… mais nous l’avons retrouvée. Entre-temps, nous ne savions pas que Soeur Michèle faisait toujours des recherches…) : Voici la carte de voeux pour Roch Hashana que la communauté des Soeurs de Sion a adressée au Grand Rabbin Moïse Levy pour l’année 5764.
A la demande Malka Levy, je vous fais parvenir cet exemplaire en remplacement de la carte égarée.
Nous avons lu avec beaucoup d’admiration et d’émotion la page écrite par Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles à la mémoire de Moïse Levy Z.L.
Que D.eu vous accorde consolation et paix, à toute la famille et proches.
Puissiez-vous fêter Hanoukka dans l’espérance toujours renouvelée. Le monde en a tant besoin.
Que D.ieu aussi vous garde et vous protège. Chalom Chalom !

Une ancienne de Kolwezi.

Hommage de Kisugulu, la revue des anciens du Congo
par Luc Bouckaert

Moïse Levy, Grand Rabbin…
Les funérailles du Grand Rabbin Moïse LEVY ont eu lieu le mercredi 1er octobre 2003. De nombreux membres de la communauté juive et d’amis du Katanga accompagnaient sa famille.
Moïse Levy naquit en 1915 à Antalya, une petite ville de la côte sud de la Turquie, à deux cents kilomètres au Nord est de l’île de Rhodes. Il paraissait prédestiné par son nom et par sa naissance au rôle qu’il allait assumer dans l’ancienne colonie belge. Son grand-père déjà était rabbin. Et c’est de Rhodes, aussi, que venaient la plupart des membres de la communauté israélite du Katanga.
Après l’armistice de 1918, la Turquie connut une longue période de troubles. C’est ainsi que les Levy se retrouvèrent eux-mêmes sur l’île de Rhodes, dans une communauté qui comptait déjà mille familles.
A Rhodes, les parents de Moïse Levy, modestes et pieux, s’intègrent. Moïse apprend, comme la plupart de ses compagnons, le grec, le turc, le ladino, l’italien et le français. Un jour, encouragé par le directeur du Collège Rabbinique (institution encouragée par le gouvernement de Mussolini, pour former des rabbins destinés aux communautés juives du Moyen Orient et des pays balkaniques), il se présente à un concours et obtient une bourse. Les études de rabbin durent sept ans. Moïse Levy entre au Collège Rabbinique en 1930. Il a quinze ans.
En 1936 Moïse Levy rencontre, à Rhodes, au Collège Rabbinique, deux membres de la communauté du Katanga. Ils sont impressionnés et lui proposent de devenir leur rabbin. A partir de ce moment, les choses iront très vite. Il n’a même pas le temps de se marier ! Il s’embarque à Gênes pour le Cap en février 1937,et atteint Elisabethville au bout d’un long voyage de vingt-huit jours.
Dès son arrivée, il fut accueilli par les 187 familles juives déjà présentes. C’était le 22 mars 1937, la veille de Pessah. Il découvrit la synagogue, construite depuis 1930, et une communauté dynamique et bien organisée. Peu de temps après, il fait venir sa fiancée de Rhodes, et le mariage est célébré à Elisabethville.
Il ne tarde pas à voyager, d’abord jusqu’au Kasai, ensuite même jusqu’en Urundi, à Usumbura. On dit qu’il est infatigable. Partout il ravive la foi de cette communauté, pratiquant les circoncisions rituelles, célébrant des mariages, et maintenant des contacts rendus difficiles par l’éloignement. Les Juifs étaient heureux de l’accueillir. On sait qu’il a gardé d’excellents souvenirs de cette période, bien que son jeune âge et sa réserve naturelle ne lui ouvraient pas toujours toutes les portes.
Il a à peine pu commencer sa tâche que la Deuxième Guerre Mondiale éclate. Elle pèsera très lourd aussi sur la population de la colonie belge. Sous la pression des alliés, tous furent soumis à un «  effort de guerre à » la limite du supportable. Le rabbin fut un témoin indirect des tensions qui éclatèrent au Katanga entre Monseigneur de Hemptinne, qui s’insurgeait contre les excès, et l’administration du Gouverneur Général, qui devait les imposer.
On devine comment il vécut, avec la communauté, les premières rumeurs sur le sort des juifs en Allemagne. Au Congo aussi il fallait rester vigilant : des pères de famille juifs furent intimidés par des fonctionnaires zélés parce qu’ils portaient un « passeport italien ». C’est dès ce moment que les talents de médiateur du rabbin se révèlent. Il n’hésite pas à faire face et interpelle l’administration à son niveau le plus élevé. Respecté par les autorités, il obtient des résultats évidents. Ce qui ne plaisait pas à tous ses coreligionnaires ; il faisait de l’ombre à certains. Cela aussi il dut le supporter avec courage…

Nous connaissions tous la silhouette grave et austère du Rabbin Levy. Pour ma part, mes premières rencontres avec lui datent du temps où j’étais au collège. Il y enseignait les prescriptions de la Torah auprès de mes condisciples de culte israélite. Il nous arrivait, dans la classe d’à côté, de l’entendre essayer de communiquer sa foi très vive et sa piété à ces jeunes, tout aussi dissipés que nous l’étions nous-mêmes. Peu d’anciens savent que c’est le rabbin lui-même qui avait obtenu des autorités de pouvoir enseigner la religion israélite dans des institutions catholiques. Plus tard, avec l’ouverture des athénées, son enseignement alla jusqu’à représenter trente-deux heures par semaines. J’ai été sensible aux marques de respect et à la considération que les Pères Salésiens avaient pour Monsieur Levy. Ce qui surprenait l’enfant que j’étais, c’est que les religieux ne le percevaient pas comme un « concurrent », mais quasiment comme un « confrère ». On était loin des clichés antisémites au collège !
A la même époque, chacun parmi nous pouvait juger du degré d’influence que le Grand Rabbin avait atteint dans la colonie. Aux cérémonies officielles, il faisait partie des autorités. On le voyait dans la tribune d’honneur près du gouverneur, de l’évêque, des magistrats. Ils avaient chacun leur place réservée lors des défilés et visites importantes. Sa tenue de cérémonies est apparue un jour, sans surprise. C’était naturel pour le notable qu’il était devenu, le guide spirituel d’une communauté fort active. Il s’est affirmé peu à peu, en même temps que ceux pour lesquels il se dévouait.
Il a côtoyé les plus grandes autorités belges. Le Roi Baudouin l’appelait affectueusement « Mon Rabbin ». Et il a partagé une véritable amitié avec le Président Moïse Tshombe.
Il eut toute sa vie le souci des membres les plus modestes de sa communauté, qu’il défendit souvent contre les plus puissants. C’était un homme juste. Et courageux. C’est ce que nous retiendrons de lui.

Sous ce monument est enseveli (Rois 23,17)
Un personnage de marque (Chroniques 17,17) couvert de qualités
Se comportait toujours avec modestie extrême
Il aima son peuple et chérit sa maison
Grand était son amour de faire le bien à autrui
Nombreuses furent ses blessures, mais son regard ne s’était point terni (Deut. 34,7)
Plaisant et affable pour toute sa communauté
Par la beauté de son âme, il se montra gracieux aux yeux de ceux qui le voyaient
Sa femme était comme une vigne féconde (Psaume 128,3)
Tous ses fils furent fleurissants dans les voies de D. (Psaume 92,14)
D’après sa « conduite », ils apprirent la droiture
Distingué au milieu de ses frères (Chron. 4,9) Chef en grande faveur (Rois 5,1)
Il s’intéressait au pauvre qui le sollicitait (Psaume 41,2)
Nombreux étaient ceux qui connurent sa charité et son amour du prochain
Ce sont eux qui pour toujours pleurent Moïse (qui) est décédé et a été réuni à son peuple (Genèse 25,17) le mardi 3 Tishri 5764 du grand comput, jour du jeune de Gedaliah.
Que son âme soit liée au faisceau des vivants (Samuel 25,29)

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